FRANCE ROYALES : Liard atelier B période 1655 - 1657

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Bonjour

Nouveau collectionneur, je me permets de solliciter vos lumières.

Pourquoi cet atelier est noté B Rouen, alors qu'en fait c'est Pont-de-l'Arche et/ou Acquigny ?

Vu un liard avec un point sur li de liard Pont-de-l'Arche. (Photo NumisCorner). Ce point est-il systématique pour ce lieu ?

Vu un liard annoncé avec une fleur après le E de France (photo chez CGB). Fleur systématique ?

Si pas de point et si pas de fleur, comment savoir ?

La date peut-elle aider à solutionner ce problème.

Merci d'avance

pierre1516

pierreleroy1516

Bonjour

Nouveau collectionneur, je me permets de solliciter vos lumières.

Pourquoi cet atelier est noté B Rouen, alors qu'en fait c'est Pont-de-l'Arche et/ou Acquigny ?

Vu un liard avec un point sur li de liard Pont-de-l'Arche. (Photo NumisCorner). Ce point est-il systématique pour ce lieu ?

Vu un liard annoncé avec une fleur après le E de France (photo chez CGB). Fleur systématique ?

Si pas de point et si pas de fleur, comment savoir ?

La date peut-elle aider à solutionner ce problème.

Merci d'avance

Bonjour

Je suppose qu'il s'agit de Liard de France d'un de ces 2 types de ce type dont il est question :

Liard de France au buste juvénile - Louis XIV - France – Numista

Liard de France au buste âgé - Louis XIV - France – Numista

 

La lettre B est usuellement utilisée pour Rouen, depuis… oulala… François Ier, jusqu'à Louis-Philippe.

Il arrive que, pour des raisons particulières, certaines lettres déjà attribuées soient affectées temporairement, ou définitivement, à d'autres ateliers.

Pour les liards de France de Luis XIV, il faut bien le dire : c'est le bazar. Il semble cependant que les liard à la vieille teête ait été frappés avec les lettres usuelles. B correspond donc bien à Rouen alors que ce n'est pas le cas pour le 1er type au buste jeune.

Je cherche des féodales : n'hésitez pas à me contacter !
Ma liste de double est très incomplète : dites moi ce que vous cherchez.

Je vs remercie.

Les deux pièces que j'ai commandées sont de 1656, et me semble être au buste juvénile. J'ai donc ce doute du fait de l'existence d'un point ou d'une fleur.
Mais au oins le mot bazar est franc et va rendre crédible mes doutes

pierre1516

De mémoire,  la fabrication des liards à la jeune tête a été déléguée à des entrepreneurs privés.  Ceux-ci ont souvent fabriqué ces monnaies par la technique au moulin, nécessitant un cours d'eau proche (Pont de l'Arche est à la confluence de l'Andelle et de la Seine). Ces entrepreneurs ont pu utiliser la lettre de l'atelier officiel royal le plus proche.

https://pontdelarche.over-blog.com/article-les-moulins-des-anciens-ponts-de-pont-de-l-arche-xie-siecle-1856-etat-des-lieux-de-nos-connai-85892779.html

 

Nous allons nous pencher sur une activité qui a apporté une originalité à l’histoire des moulins qui nous intéressent. Ce qui suit est un résumé des travaux de M. Drouet, publiés en 1903. Pont-de-l’Arche fut le lieu ponctuel de frappe de monnaies royales quand, pour une fois, le monarque décida de faire battre sa monnaie sur des presses privées, en 1654. Et l’on fit battre des liards de cuivre à Pont-de-l’Arche

Le liard de cuivre est une monnaie qui existe depuis le règne de Louis XIV. Il y eut six émissions différentes de cette monnaie durant le règne de ce monarque et c’est la troisième de celles-ci qui intéresse les moulins de Pont-de-l’Arche.

Les moulins de la localité n’avaient jamais battu la monnaie. C’est donc un contexte très particulier qui engendra cette reconversion d'un d'entre eux, vraisemblablement, et sur lequel nous allons nous pencher. 

En 1654, le trésor royal avait besoin d’argent à cause notamment des troubles de la Fronde et de l’expédition des Flandres. Il concéda à un fermier général le droit de fabriquer et d’émettre le numéraire de cuivre dénommé liard. Il était temps car les commerçants, le peuple, les établissements religieux manquaient de numéraire pour leurs échanges quotidiens.

Isaac Blandin, bourgeois de Paris, se vit confier l’entreprise générale de fabrication des liards en cuivre pur pour deux ans. Contre paiement des redevances au Trésor royal, celui-ci avait toute liberté de sous-traiter.

Ceci était un fait nouveau. Jamais auparavant la monnaie n’avait été fabriquée en dehors des ateliers royaux. L’hostilité des monnayeurs officiels doit donc expliquer le refuge dans des villes qui n’avaient encore jamais accueilli ce type de production. La présence de moulins à Pont-de-l’Arche, mus par un courant constant, était donc une manne pour les projets d’Isaac Blandin.

M. Drouet narre les aménagements de ces moulins (page 131) : La roue motrice met en mouvement un arbre de couche pourvu, à intervalle égaux, de taquets soulevant chacun un pilon dans lequel est encastré un coin qui retombe sur un autre coin fixe ; il suffit alors qu’un ouvrier, sans le moindre apprentissage, une femme, un enfant même, glisse à chaque fois que le pilon se relève, une rondelle de métal dans le coin fixe pour obtenir la fabrication considérable sans la moindre difficulté.

Le nombre de monnaies créées devait être contrôlé par les pouvoirs royaux afin qu’il n’y ait pas de surproduction. En effet, si le nombre de pièces créées dépassait les besoins du peuple, il y aurait une inflation et, bien vite, un refus d’une monnaie sans valeur.

En principe, 120 presses devaient servir en France à la frappe des liards (Drouet, page 132). Mais le décret du 1er juillet 1654 réduisit ce nombre à 40 seulement. Un liard devait valoir 3 deniers et 64 pièces au marc. Le travail devait durer depuis 4 heures du matin à 8 heures le soir. Les poinçons devaient être gravés par le tailleur général des monnaies. Des commissaires, provenant de la Cour des monnaies, devaient être établis dans les dites fabriques par le roi et devaient fermer à clé les lieux où étaient réservées les monnaies afin que nul n’y travaille en dehors des heures officielles. 

Le 3 aout 1654, la Cour des monnaies autorisa officiellement Isaac Blandin à procéder à l’exécution de sa commission pour la fabrication des liards de cuivre. La Cour l’aida à préparer les outils de fabrication. Isaac Blandin prêta serment le 21 octobre 1654. Il fut autorisé par un arrêt du Conseil du 10 décembre 1654 à établir 44 presses dont 5 à Pont-de-l’Arche (Drouet, page 133). Or, l’arrêt du 9 aout 1656 accorda à René Péchenat, procureur de Pont-de-l’Arche, deux presses d’augmentation, outre les six portés à son traité et ce pour le dédommager des préjudices par lui subis (cf. plus bas).

Le 13 mai 1655 commença l’exploitation des liards à Pont-de-l’Arche et Acquigny jusqu’à la fin de l’année 1657. Près de 350 livres de liards furent produites chaque jour soit 28000 pièces à raison de 80 par livre de métal[12].

           Mais bien trop de pièces furent frappées… De nombreuses plaintes s’ensuivirent. Les producteurs locaux (les sieurs Ravillard Case, Péchenat de la Salle, Béthencourt) furent assignés à comparaitre le 2 mars 1656 par un arrêt du Parlement de Rouen (Drouet, page 137).

            Les producteurs fabriquaient bien trop de liards par marc de cuivre : 69 voire 76 au lieu de 60. Ce procédé leur permettait de spéculer sur la valeur des liards lorsqu’ils échangeaient (dans les bureaux de change locaux) cette monnaie contre de l’argent ou de l’or. Ils cédaient leurs liards à prix avantageux sachant que celui-ci ne valait pas sa valeur nominale et sachant aussi qu’une concurrence faisait rage entre les producteurs qui avaient donc tendance à baisser leurs prix.

           Quelques extraits du jugement sont particulièrement éloquents (Drouet, page 138) :

On espérait que cette fabrication des liards ne donnerait qu’une somme modique ; mais cette monnaie de liards, que l’on proposait pour la commodité du peuple, s’est trouvée amenée à sa ruine par la quantité qui s’en retrouvée distribuée et répandue depuis dix-huit mois dans toutes les villes, bourgs et maréchaussées de cette province…Au seul bureau de Pont-de-l’Arche, on y a travaillé jour et nuit, même pendant les fêtes, à six presses, contre l’ordonnance expresse de la Déclaration.

            Cependant, le Parlement, qui avait fait interdire la fabrique de liards à Pont-de-l’Arche, fut dénigré par le roi en personne. Celui-ci rétablit la fabrique dans son droit par un arrêt du 24 mai 1656. M. Blandin obtint même un dédommagement suite aux émeutes qui nuisirent à ses intérêts et suite à la suspension ponctuelle de la production. Le roi accorda au fermier général 4 mois de droits de production supplémentaires. René Péchenat, déclarant avoir commencé à travailler le 13 mars 1655, put travailler jusqu’à la fin de l’année 1657 (Drouet, page 140).

De guerre lasse, le roi interdit néanmoins toute fabrication de liards à partir du 31 aout 1657 à cause des trop nombreuses protestations.

            Le dernier incident relatifs à ces liards est consécutif à l’édit du 20 juin 1658 qui réduisit la valeur d’un liard de 3 à 2 deniers (Drouet, page 141). Ceci exacerba la souffrance et le mécontentement des gens du peuple qui avaient durement travaillé pour gagner 3 deniers et qui devaient maintenant vivre avec seulement 2 deniers. Les boulangers fermèrent leurs boutiques car ils ne voulaient plus accepter les liards, réputés ne valoir plus qu’un denier. Le Parlement ne put rétablir la situation qu’après une dizaine de jours d’émeutes (Drouet, page 142).

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

Liard de France recto-verso frappé à Pont-de-l'Arche en 1656. Il est identifiable grâce à la lettre B, au I de liard qui est pointé et au point sur le T de "ET.DE.NA". Source Liards de France. 

Les presses de Pont-de-l’Arche et d'Acquigny fonctionnèrent donc en même temps, de mai 1655 à décembre 1657. M. Péchenat semble avoir été bien plus présent à Acquigny, où il resta quelques années après la fin de la fabrication des liards (Drouet, page 143, note 1).

M. Drouet n’a pas trouvé trace des commissaires de la Cour des monnaies à Pont-de-l’Arche et Acquigny. Ceci lui fit émettre des doutes quant à la présence de tels agents de l’État, du moins durent-ils rester bien sourds et aveugles.

Le copinage du roi couta cher au Trésor et à la police intérieure. Les quelques années de frappe de la monnaie royale à Pont-de-l’Arche ne durent guère apporter d’emploi et moins de richesses encore. Quant au mécontentement du peuple au sujet des liards, il fut important comme on peut le lire dans les cahiers de doléances de l’année 1655.

Les meules de la ville reprirent leur activité habituelle en écrasant du blé jusqu’à la chute du pont en 1856, et ce malgré au moins une tentative de reconversion : un certain Quesney, chef de la 1re division des bureaux de la préfecture de la Seine-Inférieure, réagit dans une lettre du 24 fructidor an X (11 septembre 1802) aux propos tenus dans un journal intitulé Annales de statistique ou Journal général d’économie politique[13]. Il niait qu’il existât à Pont-de-l’Arche une manufacture de draps. Il profitait de cette précision pour proposer aux autorités de favoriser l’implantation de manufactures de draps mues par la force hydraulique des moulins. Cependant, comme nous l’avons déjà noté[14], les manufactures de draps à Pont-de-l’Arche n’ont jamais pu vivre durablement à cause de la pression des industries lovériennes et elbeuviennes. La demande de M. Quesney resta lettre morte.

 

Conclusion

          Entre les brumes de la Seine et de l’histoire, nous avons esquissé quelques contours de ce qui a fait l’histoire des moulins du pont de Pont-de-l’Arche et Igoville. Cette histoire est celle de la subsistance : un moulin permettait de fournir la farine nécessaire à la consommation quotidienne de près de 1200 personnes au XIIe siècle. Les moulins utilisèrent la force hydraulique afin de nourrir la population d’une ville qui naquit au Xe siècle. Ils accompagnèrent ensuite l’accroissement démographique de la vallée.

            À n’en pas douter, les trois moulins de la ville attirèrent la population des villages alentours afin de faire moudre leur propre grain ou de trouver sous les halles de la ville la farine des producteurs locaux. Ils attirèrent aussi les communautés de moines qui recherchaient les moyens de leur autonomie financière. 

            Ces moulins, lucratifs par l’argent perçu sur le service de moulage mais aussi par les taxes, devinrent l’objet de convoitises. Les différents noms donnés à ces édifices se font l’écho des propriétaires qui spéculaient sur leur valeur. 

            Enfin, ces moulins ont intéressé des industries. De 1655 à 1657, ils ont frappé de la monnaie royale exceptionnellement accordée au secteur privé. Si l’idée naquit d’utiliser la force hydraulique des moulins au profit de l’industrie du drap, elle ne put être concrétisée car les industriels d’Elbeuf et Louviers ont fait pression sur les autorités afin de limiter la concurrence locale. La concurrence était faussée.

           Durant de nombreux siècles, ces édifices ont apporté des services à la population locale sans apporter d’autre prospérité que celle de leurs quelques propriétaires. 

En 1856, ces figures familières qui peuplent les anciennes gravures de la ville ont été emportées dans les eaux de la Seine, avec le pont ancestral. Presque oubliés, ils n’apparaissent plus que dans les écrits à caractère historique et dans les rêveries de ceux qui aimeraient bien se balader à travers les âges et leur aube… Ceux-ci peuvent toujours aller à Vernon où subsiste un de ces édifices sur les restes de l’ancien pont de la ville. Ils écouteront le murmure de l’eau et les vieilles autant que nobles histoires de ce grand-père de la force hydraulique. 

 

       Armand Launay, avec nos remerciements à Patrick Sorel

Le moulin de Vernon fournit assurément l'image la plus réaliste de ce qu'étaient les moulins des anciens ponts de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, aout 2017). Coucou Monsieur Baboux !

Le moulin de Vernon fournit assurément l'image la plus réaliste de ce qu'étaient les moulins des anciens ponts de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, aout 2017). Coucou Monsieur Baboux !

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Le moulin d'Andé permet aussi de se figurer avec réalisme ce que furent les anciens moulins de Pont-de-l'Arche (photographies du "moulin d'Andé" qui est la dénomination d'un hôtel en activité ce jour d'hui). On voit toujours l'aube du moulin.

Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.

Bonjour, belle réponse documentée d'ALM. MERCI.

Merci aussi à Dem51.

Cordialement et bonne fin de semaine

pierre1516

bonjour

 

tu peux modifier le titre de ton topic en :

 

FRANCE ROYALE : Liard atelier  B période 1655-1657

Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.

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