En 2010, un double dépôt monétaire romain datant du IIIe siècle a été retrouvé à Tourouvre (Orne). Guy Leclerc, l'archéologue qui a mené les fouilles, revient sur cette découverte.

Le dépôt monétaire présenté au Musée de Normandie
L’histoire de la découverte de ce double dépôt monétaire romain à Tourouvre (Orne) commence en 2008 quand « le propriétaire des bois de Bellegarde a constaté que des pillages avaient été réalisés dans sa propriété par des chasseurs de trésors non autorisés » explique l’archéologue Guy Leclerc.
Une fois les pillages signalés au Service Archéologique de Basse-Normandie, « j’ai alors été mandaté pour rechercher les traces d’un probable site gallo-romain sur le secteur ».
Un double dépôt monétaire datant de l’empereur Gordien III
La fouille a alors été programmée en avril 2010 et a duré dix jours. L’équipe composée d’une douzaine de fouilleurs a réalisé six tranchées de sondages pour une longueur cumulée de 280 mètres avec un décapage préalable du sol à l’aide d’un engin mécanique.

L’équipe de fouilleurs en action à Bellegarde
Ces fouilles ont révélé un double dépôt monétaire romain.
La découverte d’un site gallo-romain dans les bois n’a pas constitué une surprise étant donné que le secteur est connu de longue date pour ses vestiges archéologiques.
Guy Leclerc
Le double dépôt monétaire était constitué de « deux bouteilles en verre remplies de numéraire en argent (deniers et antoniniens) et contenait 407 monnaies. La mise de côté des monnaies commence réellement en l’an 240 sous l’empereur Gordien III et correspond à une crise monétaire marquée par une très forte inflation ».
Quant à la raison de cet enfouissement, l’archéologue l’explique par la crise économique, politique et sociale qui secoue les provinces romaines.
Tout le monde ne peut pas fouiller n’importe où
La recherche archéologique est du domaine exclusif de l’État. « Chaque opération de terrain est précédée d’une phase de préparation avec l’élaboration d’un dossier administratif et scientifique. L’archéologue doit justifier de l’intérêt de la fouille, obtenir l’autorisation du propriétaire du terrain, présenter un budget et assurer la logistique du chantier ».
Provinces romaines qui « doivent en outre faire face aux invasions germaniques. Ce climat d’insécurité incite les populations à cacher leurs trésors comme à Bellegarde où l’enfouissement se produit en 270. »
Un trésor gardé au Musée de Normandie
Après la découverte de ce double dépôt monétaire, il a fallu l’étudier.
L’étude d’un dépôt monétaire comprend quatre étapes : les circonstances de la découverte avec la localisation exacte puis le nettoyage et le traitement des monnaies par un laboratoire spécialisé complété ensuite par l’identification de chaque monnaie par un numismate. Enfin, la conservation et la présentation du lot si possible dans un musée.
Guy Leclerc
Pour ce dépôt monétaire, le traitement des monnaies a été réalisé par le Cabinet des Médailles à Paris, l’étude du numéraire par le laboratoire de Numismatique de l’Université de Caen et le dépôt est actuellement présentée au public au Musée de Normandie.
Tourouvre a-t-elle livré tous ses secrets ?
Cette découverte a joué un rôle majeur dans l’histoire de la Normandie, mais aussi bien au-delà.
L’intérêt de la découverte dépasse les frontières de la région normande puisqu’elle participe à l’étude des monnaies romaines au même titre que les 2000 dépôts monétaires répertoriés dans l’Occident romain. Chaque dépôt apporte des données nouvelles pour la connaissance des monnayages des empereurs.
Guy Leclerc
Tourouvre est donc une terre d’histoire, mais le territoire a-t-il livré tous ses secrets ?
« Il est difficile de savoir si un territoire a livré la totalité de ses vestiges archéologiques qui sont par définition enfouis et donc invisibles. À Tourouvre, comme ailleurs, des découvertes fortuites ou liées à des travaux d’urbanisme peuvent fournir des données nouvelles concernant toutes les périodes et enrichir ainsi l’histoire de la commune ».