Scandale au château de Versailles : l'escroc qui fabriquait de faux meubles

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Scandale au château de Versailles : l'escroc qui fabriquait de faux meubles en cachette

Cette supercherie, digne d'un film, est bien réelle. L'auteur, un ténor des arts décoratifs du XVIIe siècle, a usé de son statut pour duper galeries et institutions prestigieuses.

 

L'escroc qui dupait le château de Versailles

 

Nous ne sommes pas dans le film Comment voler un million de dollars, mais bien dans la réalité. Le faussaire est français, il s'appelle Bill Pallot. Expert incontesté des sièges de l'époque classique, ce savant a fait ses preuves mondialement dans cette niche artistique… mais a aussi joui de son expertise reconnue pour escroquer le château de Versailles, ainsi que d'autres monuments historiques et galeries d'art spécialisées, en collaboration avec l'ébéniste Bruno Desnoues.

En 2007, les deux faussaires se lancent dans la fabrication de meubles factices, présentés comme des meubles très rares qui auraient, notamment, figuré dans les intérieurs de Marie Antoinette. Vendues à plusieurs galeries reconnues, ces pièces sont ensuite revendues à diverses institutions, comme le château de Versailles. L'opération aurait rapporté des centaines de milliers d'euros aux deux auteurs de la tromperie.

 

Il aura fallu huit années d'information judiciaires pour éclairer cette affaire ubuesque, à l'issue desquelles six personnes ont été renvoyées devant le tribunal correctionnel pour tromperie. La justice s'est est aussi pris aux galeries en question, accusées de ne pas avoir suffisamment expertisé les meubles avant de les revendre.

Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.

https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/chateau-de-versailles/fausses-antiquites-acquises-par-le-chateau-de-versailles-un-expert-de-l-art-mondialement-connu-poursuivi-pour-tromperie_6187335.html

 

Fausses antiquités acquises par le château de Versailles : un expert de l'art mondialement connu poursuivi pour tromperieAprès huit ans d'enquête, la justice a renvoyé en procès l'expert de l'art Bill Pallot, sommité mondiale du mobilier français du XVIIIe siècle, pour la fabrication de faux meubles d'époque acquis par le château de Versailles entre 2008 et 2015, l'un des plus grands scandales de faux de ces dernières années.

D'après une ordonnance du juge d'instruction, six personnes physiques et une prestigieuse galerie d'antiquaires parisienne comparaîtront devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour cette affaire qui a secoué le microcosme feutré des antiquaires et des monuments historiques.

À l'origine de ce dossier se trouve le "pari" de deux hommes enivrés par leur capacité à duper les plus grands spécialistes et acquéreurs de l'art français du XVIIIe.

Au centre de l'affaire, le "Père La Chaise" à savoir Bill Pallot, dandy de 59 ans aux cheveux longs et élégants costumes trois-pièces, notamment renvoyé pour tromperie. Jusqu'alors spécialiste français incontesté du mobilier royal du XVIIIe, il a écrit l'ouvrage de référence mondial sur le sujet. À ses côtés, Bruno Desnoues, un ébéniste et meilleur ouvrier de France du Faubourg Saint-Antoine, quartier historique du travail du bois à Paris.
 

Une supercherie "grisante"

À partir de 2007-2008, le duo produit et vend une poignée de faux sièges présentés comme de rarissimes meubles d'époque qui auraient orné le salon de Madame du Barry, maîtresse de Louis XV, ou le cabinet de la reine Marie-Antoinette. Une supercherie "grisante", de leur propre aveu, qui leur rapportera des centaines de milliers d'euros.

Acquises par des galeries ayant pignon sur rue, les fausses antiquités sont ensuite revendues par ces dernières à de prestigieux clients, à l'instar d'un prince qatari, avec des marges faramineuses. "Il y en a qui se sont bien gavés au passage", commentera en interrogatoire l'ébéniste en apprenant les prix pratiqués.

Au premier plan des destinataires finaux figure le château de Versailles qui s'est ainsi porté acquéreur de fausses chaises estampillées Louis Delanois, d'une chaise Georges Jacob et d'une bergère Jean-Baptiste Sené, des ébénistes du XVIIIe siècle aux œuvres parmi les plus chères et recherchées.

Pendant des années, malgré quelques alertes, le subterfuge passe globalement "comme une lettre à la poste", se félicitera Bill Pallot devant le juge d'instruction.

Leur chute viendra d'un endroit inattendu. En 2014, la cellule antiblanchiment Tracfin détecte des opérations financières et immobilières dans le Val-d'Oise d'un couple de Portugais, un chauffeur et une coiffeuse, qui semblent sans commune mesure avec leurs revenus déclarés.

En remontant le fil, les enquêteurs découvrent que le mari est en lien avec l'ébéniste du Faubourg Saint-Antoine et finissent par mettre au jour cet incroyable trafic de meubles XVIIIe, particulièrement embarrassant pour le prestige du château de Versailles.

 

Des dysfonctionnements à Versailles

Contactés par l'AFP, le Domaine national (partie civile dans le dossier aux côtés de la maison d'enchères Sotheby's) et la défense de Bill Pallot n'ont pas souhaité faire de commentaire.

Au terme de huit ans de procédure, le juge d'instruction a décrété un non-lieu pour un expert de l'art réputé qui servait d'intermédiaire entre Pallot et les galeries, ainsi qu'un doreur qui travaillait sur les faux sièges. Il a estimé que ceux-ci avaient été dupés par la renommée de l'expert.

Il a en revanche renvoyé devant le tribunal la galerie d'antiquaires Kraemer, l'une des plus luxueuses de Paris et fréquentée par nombre de milliardaires, et l'un des frères qui la dirige, Laurent Kraemer.

Si le juge a abandonné l'accusation initiale d'escroquerie en bande organisée et reconnu que les Kraemer n'étaient pas "de connivence" avec les faussaires, il leur est reproché de "ne pas avoir procédé à des vérifications suffisamment poussées" sur les meubles incriminés. "La galerie Kraemer a été trompée et avec elle tous les plus grands experts français des meubles XVIIIe (...) Nous attendons l'audience avec impatience pour démontrer que les Kraemer n'ont aucune autre place dans ce dossier que celle de victimes", ont réagi auprès de l'AFP leurs avocats Mauricia Courrégé et Martin Reynaud, en dénonçant des "charges (qui) n'ont fait que fondre comme neige au soleil".

Face au scandale provoqué par la révélation de cette affaire en 2016, le ministère de la Culture avait ordonné une inspection sur les procédures d'acquisitions du château de Versailles.

Dans un rapport rendu l'année suivante et versé à l'instruction, l'administration y fustigeait "des dysfonctionnements" et un "défaut de vigilance" de la part de l'établissement public et l'appelait à "réviser dans les meilleurs délais et en profondeur" ses procédures.

Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.

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